Qui sommes-nous?

Mouqawamet  : les résistantes (en Arabe)

                       Tizeddamin  : celles qui vont au Front  (en Tamaziɣt)

Citation tatouée au dos de la jeune femme:   » Les révolutions n’ont pas lieu dans la discrétion. La révolution et l’écriture,  toutes deux, ne connaissent pas le secret.  Casse la serrure du tiroir et écris dans la lumière.  Sois en en colère,  révolte toi, ne te tais pas.  » Nawal Al Saadawi   

Mouqawamet-Thidh yekkèthen ouzèl a pour but de collecter des ressources sur les luttes de femmes des sociétés arabes/amazigh et de produire de nouveaux outils et matériaux à l’adresse des femmes issues de ces diasporas en France et dans les pays francophones. Plusieurs raisons nous ont conduites à créer cet espace:

  • Nous voulons lutter contre le stéréotype raciste, orientaliste et islamophobe selon lequel les femmes des sociétés arabes/berbères seraient passives et soumises, et mettre en avant l’histoire des luttes et des combats de femmes, qu’elles se disent féministes ou non, qu’elles soient des intellectuelles reconnues, des artistes, des résistantes politiques, ou des femmes inconnues, menant un combat au quotidien. Il s’agit de lutter contre l’invisibilisation et de se réapproprier notre histoire, ces histoires. Cet espace d’échanges libres vise à dénoncer les discours et oppressions racistes et islamophobes véhiculés par la classe politique, les médias, le féminisme blanc, leur tentative d’invisibilisation ou de récupération des luttes des femmes arabes et berbères, mais ne s’empêchera pas non plus de dénoncer le patriarcat dans nos propres communautés.
  • Nous voulons lutter contre l’essentialisme de l’image de « la femme arabe », déconstruire cette image monolithique, et montrer la pluralité des identités de femmes, qu’elles soient  amazigh – aussi bien kabyles, chaoui, chleuha, rifaines etc-, arabes du Maghreb ou du Proche-Orient, noires -car il y a des femmes arabes et noires, par exemple au sud des pays du Maghreb, ou encore au Soudan- ou claires de peau, musulmanes sunnites ou chiites, chrétiennes, athées, juives, hétérosexuelles, lesbiennes, queer, trangenres… etc, ainsi que la pluralité des stratégies de luttes de femmes, en fonction des contextes différents.
  • Nous nous revendiquons donc de l’intersectionnalité des luttes. Nous refusons en effet de hiérarchiser les multiples oppressions auxquelles sont soumises les femmes arabes et amazigh et nous réfutons l’accusation selon laquelle le féminisme et la lutte contre le patriarcat seraient des outils blancs, occidentaux, et un luxe pour les femmes racisées, voire une façon pour elle de se compromettre avec le système raciste. Nous soutenons les luttes des femmes racisées contre la misogynie, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, la putophobie. Il y a un féminisme non blanc, qui existe depuis longtemps : bien avant et indépendamment de la colonisation, des femmes se sont battus et ont lutté pour leurs droits en tant que femmes, et c’est ce que ce site vise à mettre en lumière. Nous pensons qu’il est urgent d’ouvrir une troisième voie entre d’un côté le féminisme blanc paternaliste, souvent raciste et islamophobe, et de l’autre côté l’injonction à passer sous silence les revendications féministes par souci d’éviter la récupération raciste dont elles peuvent faire l’objet, par souci de solidarité avec les hommes arabes/berbères/musulmans déjà perçus par le système raciste comme essentiellement violents et machistes. Nous voulons mettre en valeur le féminisme islamique, qui est une façon pour les femmes musulmanes, à la fois de lutter contre l’instrumentalisation patriarcale de la religion, et aussi d’envoyer un message fort aux féministes blanches qui les construisent comme soumises, ainsi qu’aux islamophobes pour lesquels l’Islam est une religion fondamentalement sexiste et même plus sexiste que les autres. Mais nous voulons aussi mettre en valeur d’autres luttes féministes, des féministes dites « séculaires », qui ne se réclament pas de l’Islam,  parce que la lutte féministe n’est pas qu’une lutte d’interprétation des textes, mais une lutte pour transformer les rapports de force matériels dans une société.
  • Nous affirmons également notre opposition et notre lutte contre le système capitaliste qui opprime les femmes arabes et amazigh en France notamment à travers leur exploitation dans les emplois peu qualifiés (femmes de ménage, nounous…) permettant aux femmes/féministes blanches de travailler et d’avoir du temps libre pour leurs loisirs ou pour leurs propres luttes, alors que les femmes racisées s’occupent de leurs enfants et leur maison pour des salaires de misère. Nous ne saurions nous opposer véritablement à ce système sans dénoncer l’exploitation de nos soeurs du Sud qui travaillent à créer des produits manufacturés, notamment dans les usines de vêtements de Tunisie et du Maroc, pour les populations des pays industralisés dans des conditions plus que misérables et dont nous profitons malgré nous. De ce fait nous revendiquons une solidarité et une opposition transnational à ce système qui contribue grandement au maintien des structures coloniales. Nous affirmons aussi notre position anti-colonialiste, qui s’inscrit dans notre histoire collective et nos histoires personnelles, et nous soutenons activement les luttes de libération à travers le monde à commencer par l’une des dernières colonies au sens classique du terme et dernier pays arabe, encore sous le joug du colonialisme de peuplement classique, la Palestine.

fkabyle

Qui sommes-nous?

  • Nous sommes des femmes immigrées ou descendantes de l’immigration post-coloniale. Nous sommes  d’ici, nous vivons ici, mais nous sommes aussi d’ailleurs, nous avons des attachements affectifs forts, qui nous poussent à réhabiliter des figures de femmes auxquelles nous pouvons nous identifier, et dont nous pouvons nous inspirer, qui nous poussent à lutter contre l’image passive qu’on nous renvoie. Il ne s’agit pas de donner notre avis sur les stratégies de femmes qui vivent dans un autre contexte, ou de parler à leur place, mais de les mettre en visibilité. Il ne s’agit pas non plus de construire une image mythique et essentialiste de la « femme arabe ». Mais il s’agit d’affirmer notre appartenance à un continuum historique. Nos mères et nos grands-mères n’ont pas fait que mettre au monde des moudjahdine, et ont, de tous temps, participé à la lutte pour leur peuple et/ou la lutte pour leurs droits. Nous nous revendiquons de cet héritage et nous affirmons une position d’égalité avec les hommes. Tout comme nos ancêtres, nous ne faisons pas que mettre au monde des hommes qui feront l’Histoire.
  • Nous pensons cependant qu’il est important de ne pas mélanger les contextes et de saisir les enjeux de chaque lutte, car les stratégies ne peuvent pas être transposés de façon paternaliste: il n’est pas possible de dicter aux femmes du Sud comment elles doivent se libérer, comme le font par exemple le groupe néocoloniale des Femens, mais il est aussi absurde de transposer le combat de certaines femmes contre le pouvoir religieux au Sud, tel quel, en France, dans un contexte islamophobe, où l’urgence est de lutter pour le droit à se voiler librement.
  • Notre choix de se concentrer spécifiquement sur les luttes de femmes arabes/amazigh est un choix  ponctuel : il s’agit dans l’espace de ce blog, de déconstruire les préjugés racistes spécifiques pesant sur les femmes arabes/amazigh, qui ne sont pas les mêmes que ceux pesant sur les femmes noires ou asiatiques, par exemple, ou les autres femmes racisées. Chaque racisme s’exprime de façon spécifique, et pour le déconstruire, nous avons besoin de cet espace spécifique, d’autant plus que la figure des femmes arabes/amazigh s’efface trop souvent derrière l’identité musulmane, qui est une identité qui nous est également chère, mais qui ne nous permet pas toujours d’aborder certaines questions féministes. Mais nous n’envisageons pas de lutte féministe décoloniale sans alliance avec toutes les femmes non blanches.
  • Mouqawamet-Thidh yekkèthen ouzèl se définit comme un espace alternatif et expérimental offrant un lieu de réflexions,de témoignages, de mises en commun de notre patrimoine mais aussi, nous l’espérons, de projets. Cette plate-forme virtuelle est ouverte à un ensemble d’outils et de méthodes dont les lectrices sont les potentielles créatrices. Nous refusons de nous soumettre à un classisme et un élitisme qui peut brider la parole de nombreuses femmes. Nous faisons un effort pour être les plus inclusives et compréhensibles possibles dans notre manière d’écrire afin de démocratiser l’accès à ces ressources. Nous sommes ouvertes à toute critique à ce sujet, si jamais certains articles restent peu compréhensibles. Nous sommes également ouvertes à toute contribution pour enrichir ce blog, que ce soit pour proposer un article déjà écrit, pour suggérer un article sur telle ou telle femme, telle ou telle féministe, telle ou telle lutte. N’hésitez pas à vous proposer !

Une question? Une contribution? Contactez-nous ! 

Suivez-nous aussi sur Facebook : Mouqawamet – Thidh yekkèthen ouzèl 🙂

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Une réflexion sur “Qui sommes-nous?

  1. Merci pour cette mise en commun des luttes de toutes les femmes pour la visibilité que vous donnez à chacune d elles dans le respect et le soutien de chacune. C est egalement une petite piqure de reveil pour les femmes qui s endorment un peu. Soyons solidaires, resistons et avancons.

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